Le moi et l'émoi

Imaginez le mec de bonne famille. Il n’a pas la trentaine et garde la maturité d’un ado. Pas encore fini (il ne l’est toujours pas), hyper sensible, timide, en manque évident de confiance constitutive (pression familiale, rapport aux autres, amours déçus, toute autre explication psy est la bienvenue), au parcours flou et inabouti…


Pour contrer cette émotivité handicapante, 1) il se réfugie dans la lecture puis le cinéma 2) il se construit une carapace où rien ne semble l’atteindre. Cacher ses failles en surjouant le regard ténébreux et la force intérieure. Rétrospectivement, cette posture fut à la fois une protection salutaire bien que bancale et la source d’un malentendu durable. Tandis que les autres croisaient un mec assuré, voire hautain, lui même se noyait dans un océan de trouble intime.

Et dans les sphères proches, la vérité nue finissait vite par éclater, au risque fort de ne pas être à la hauteur des attentes suscitées. Vous envisagiez James Bond, vous vous retrouviez avec Pierre Richard. Le rire ne suffit pas toujours à effacer les frustrations.

Assailli par cette abîme de fébrilité, le jeune homme sut qu’il devait prendre son destin en main, reprendre le contrôle, apprendre à gérer ses émotions. Puisque le monde extérieur n’était qu’agression, injonction, déception, la vraie vie devait pouvoir s’écrire ailleurs, en marge et en pointillé.

Alors il se prit à rêver en grand. Ô certes pas dans le fantasme de la star adulée et inconséquente telles que les médias nous en vendent à longueur d’antenne aujourd’hui. Juste par la petite porte, par hasard presque, il découvrit la voie à suivre. Celle de l’évidence. Une passion inavouable qui avait fait son chemin sur la pointe des pieds et qui s’imposait enfin. Sa vérité serait autour de la scène, par delà le rideau rouge, à l’horizon ouvert.

Et c’est ainsi que bravant les jugements et les regards du public comme d’une sphère privée, faisant fi de son manque de formation, n’ayant que son abattage et sa volonté à proposer, ce ‘’comédien généreux mais un tantinet maladroit’’ comme l’a écrit un journaliste du Figaroscope, s’est lancé à corps et bourses perdus dans l’aventure théâtrale. C’était fin 1993.

La danse de l’effeuillage émotionnel prit alors corps et n’a depuis jamais cessé, les différentes couches de son armure continuant de tomber 27 ans après. Le théâtre est une maladie incurable qui paradoxalement renforce les immunités..

Incontestablement, à l’écrire comme à le jouer, le théâtre m’a sauvé. On s’y réinvente sans cesse. On est éclaboussé par l’authenticité de l’instant, par la fébrilité qui ne sclérose pas mais qui libère. On peut y cristalliser nos bassesses et misères tout en y glorifiant et idéalisant notre grandeur. Vivre, en mieux, en plus fort, plus intense, plus symbolique, plus drôle. Tout est plus beau au théâtre, même la laideur de l’âme humaine.

Pour autant, le malentendu originel a perduré.


Quand on est jeune et maladroit, que l’on s’exprime avec passion et candeur, que l’on défend son travail sans parfois trouver le mot ou l’attitude juste face à des professionnels confirmés - de ceux qui ont le pouvoir de vous pousser - , quand on se bat pour une certaine exigence et honnêteté d’auteur - surtout dans le registre de la comédie - , notre force de conviction est quasi nulle et passe vite pour de la prétention (encore et toujours le même refrain).

Or, c’est exactement l’inverse : le doute a toujours été, est et sera indéfectiblement, indécrottablement, mon compagnon de route.

En réalité, j’ai toujours suivi mon humeur, mes envies et mon instinct. Peu importe que ceux-ci aient pu me trahir à quelques reprises, c’était la seule façon de rester en accord avec moi-même et mon entourage. En changeant régulièrement de registre, de facile à déstabiliser, je suis passé dans mon art à difficile à suivre. CQFD. Mais quelle délectation de prendre un risque, d’être là où personne ne vous attend. Pour se surprendre déjà. Pour se renouveler, ne pas utiliser toujours les mêmes ficelles. Pour se nourrir, découvrir, varier les plaisirs.

On répète un texte - parfois beaucoup, parfois pas assez - mais les pièces et les projets eux ne sont pas répétitifs, ne se ressemblent pas. C’est ainsi que depuis le premier jour, dans mon théâtre idéal, je roule en tout terrain : sketches, seul en scène, classique, comédies plurielles, drames contemporains, théâtre engagé, café-théâtre, jeune public, comédie dramatique…

Bien sûr, il y a un revers de médaille. De nature peu doué pour entretenir les relationnels, ce n’est pas en brouillant les pistes artistiques que j’ai facilité la création d’un réseau de diffusion de mes spectacles. C’est un fait plus qu’un regret.

Dans ‘’la grande famille du théâtre’’ qui n’est qu’une lubie, chimère fantasmée de ceux qui ne le pratiquent pas, le mépris de caste et de chapelle, le manque flagrant de curiosité d’une élite ‘’éclairée’’, la mesquinerie vindicative des starillons, petits barons des bas quartiers et Marylin de Prisunic (aux prises multiples), l’indifférence même pas polie des uns, le nombrilisme puant des autres ne parviendront jamais à atténuer les frissons de joies ou de beauté, à ternir les éclats lumineux, les amitiés fidèles, la simplicité scintillante de certains partenaires au talent pur donné en partage et non en compétition, la noblesse humaine incarnée parfois.

Toute mise en lumières a sa part d’ombre.

On vit peut-être beaucoup par procuration mais on vit pleinement, viscéralement. Le souffle de vie des grands plateaux et des petites scènes m’aura sauvé, oui.

Alors que le monde artistique et culturel traverse une crise des plus furieuses, que chacun ronge son frein et affûte ses armes de relance et de reprise, j’ai envie de rendre - un peu - au théâtre ce qu’il m’aura apporté.

Je m’adresse à vous, comédiens, comédiennes, artistes, directeurs de salle, responsables de compagnie… Vous êtes (forcément trop) nombreux à ne pas connaître mes pièces. Alors soyez curieux ! Défrichez et découvrez, vous n’avez pas grand-chose à perdre.

Dans vos recherches de pièces à monter, il y a toujours une part importante de risques. Si une de mes pièces vous plaît et comme ma situation actuelle le permet, je vous accompagnerai financièrement, à un niveau d’investissement qui dépendra du projet dont vous resterez le maître.

En clair, vous pouvez démarrer une nouvelle aventure artistique avec déjà un apport voire un coproducteur dans vos bagages. En ce qui me concerne, c’est une sorte de deal ‘’gagnant / gagnant’’.

Avec humilité mais avec une confiance retrouvée, fort de mon expérience, j’ai relu, retravaillé, réécrit, ajusté bref jamais laissé à l’abandon ces pièces et je sais, en mon for intérieur, leur efficacité théâtrale éprouvée (Cf les extraits de presse, sans aucun article de complaisance).


2021 réservera bien des surprises aux audacieux. Faisons partie de ceux-là.

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